« C’est catastrophique, lâche Ghislain Malatesta, responsable du département expérimentation et expertises régionales de l’ITB. Le givre et la neige brûlent les betteraves au stade crosse-cotylédons… 20 000 à 30 000 hectares de betterave pourrait être détruit ». Quelques jours plus tard, le 12 avril, la CGB évoquait même entre 30 000 et 55 000 hectares détruits, soit plus de 10 % des betteraves françaises.

Il est encore trop tôt pour faire un bilan définitif, mais les pertes les plus lourdes concernent les betteraves semées avant le 24 mars. Parmi les secteurs qui semblent les plus touchés : le Centre-Val-de-Loire, l’Eure, la Champagne et l’Aisne. En revanche, la Somme, le Nord, la Normandie et l’Aube sont moins touchés, car les betteraves ont été semées plus tard.

Le Loiret est le département le plus touché, avec environ 60 à 80 % de pertes sur environ 15 000 ha. L’ITB Centre-Val-de-Loire recommande d’aller observer les parcelles dès que possible : si la betterave est gelée, « la tigelle sous le collet est translucide ».

Corner réglementaire

Cette année est très particulière, puisqu’il n’est pas pas possible de ressemer des betteraves traitées aux néonicotinoïdes. Alors que faire ?

Ghislain Malatesta conseille de faire un comptage la semaine prochaine. « À mon avis, il ne faut pas ressemer si l’on a plus de 35 000 pieds par hectares. D’habitude on conseille le ressemis à 40 000 pieds, mais sans les néonicotinoïdes, on prend trop de risque. »

Le président de la CGB Centre Val-de-Loire, Alexandre Pelé, constate de dégâts irréversibles pour la betterave. « Les planteurs sont abattus. Avec ce gel, on a déjà perdu 250 € par hectare de semences et 10 t/ha de potentiel de rendement avec le décalage de semis. La filière est dans un corner réglementaire. Il faut réagir pour éviter une nouvelle catastrophe pour notre région ». Selon la CGB, « entre le surcoût de ressemis et les pertes potentielles de rendement liées aux ressemis tardifs : les pertes totales dépassent déjà nettement 600 €/ha ! ».

À peine les semis terminés dans de très bonnes conditions, c’est donc un énorme coup de massue qui vient encore de tomber sur des planteurs de betteraves encore groggy par les rendements catastrophiques de 2020.